La diagonale des revues

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La série d’expositions « Les Diagonales du catalogue » invite périodiquement à parcourir la richesse des collections de la Bibliothèque de poésie contemporaine du Cipm. Orienté par un thème (hasard, silence, par exemple) le corpus exposé est une des réponses possibles du catalogue à la sollicitation thématique.

Sixième volet de la série, après une exposition consacrée aux livres rares puis une autre à l’œuvre d’Anne-Marie Albiach, « La Diagonale des revues » fait défiler un siècle de premiers numéros de revues de poésie.

Dans le domaine de la poésie peut-être plus qu’ailleurs, il existe un nombre considérable de revues. Or donner ce nombre avec certitude, personne ne le peut ; à vrai dire, personne ne connaît le nombre des revues. En toute rigueur, il n’est donc pas exact de dire que les revues qui existent, qui ont existé, qui existeront, sont simplement nombreuses. Ce ne serait pas suffisamment vrai. On manquerait la véritable essence de leur nombre ; et il ne serait pas exact non plus de les dire innombrables, au sens où leur nombre serait trop grand pour être, à l’échelle d’une vie humaine, déterminé par le décompte.

Quant au nombre, ce qu’il est juste de dire à propos des revues, c’est qu’elles sont indénombrables. Elles forment un ensemble dont le nombre d’éléments est impossible à connaître. Ainsi les revues échappent-elles à la comptabilité de tout recensement. Ce sont des êtres discrets qui apparaissent et disparaissent, qui font bouger les lignes du champ poétique ou qui passent totalement inaperçues ; qui vivent quelques années, des décennies, ou qui sont éphémères.

Pour autant, la discrétion des revues ne doit pas nous faire conclure à leur insignifiance. Si pour certaines d’entre elles, la confidentialité fait partie du projet, elle est le plus souvent une conséquence des difficultés de diffusion auxquelles leurs équipes ont à faire face.

Quoi qu’il en soit, la fonction des revues dans la vie poétique est primordiale : elles sont tout à la fois le lieu des premières publications et des premières traductions, celui des expérimentations et de la présentation des formes neuves, le champ de bataille des avant-gardes, la tribune des manifestes, la vitrine des avancées, des débats critiques relatifs au poème, à son commentaire et à son interprétation. Elles sont aussi des objets sociaux générateurs d’amitiés et de ruptures au sein de collectifs plus ou moins transitoires, de maisons d’édition, de manifestations publiques. Elles sont enfin l’irremplaçable laboratoire des recherches graphiques et des modalités éditoriales.

L’approche scrupuleusement chronologique qui prévaut à l’organisation du corpus présenté ici rend possible une visualisation des successions et des simultanéités. Au fil du parcours, en particulier grâce aux reproductions affichées, on peut observer les évolutions formelles, notamment typographiques mais, surtout et contrairement à une idée reçue, la continuité de l’activité poétique, française comme étrangère.

Le parti pris de ne montrer que les couvertures est une invitation à prolonger la découverte par un temps de lecture dans la Bibliothèque du Cipm où sont consultables les autres numéros des revues présentes dans l’exposition ainsi que les dernières livraisons de celles (plus de 40) auxquelles le Cipm est abonné comme de celles, sans abonnement, dont il suit la production.

Michaël Batalla, directeur du Cipm